Préface d’Hubert Haddad

 

 Jean Desseigne

aux portes d’un nouvel été

je me reconduis seul

aux portes d’un nouvel été

J.D.

J’ai rencontré Jean Desseigne bien des fois à Chaumont, un verre à la main, au milieu des livres. Je le savais rédacteur à l’Affranchi, manière de Canard enchaîné local. En argot, être affranchi c’est être initié, être dans le coup. Il y a des affranchis en tous milieux, et pas seulement chez les larrons. Jean Desseigne le serait plutôt dans le domaine de la poésie et de la lecture. Un vrai lecteur, c’est un amoureux en réserve, disponible pour tous les coups de foudre – un « de ces êtres malheureux, aimables, charmants, point hypocrites, point moraux, auxquels je voudrais plaire », disait Stendhal qui n’écrivait que pour cent lecteurs dont il prétendait ne fréquenter en tout et pour tout que deux prototypes. On reconnaît aisément Jean Desseigne dans ce portrait – mais l’homme est aussi poète, plus secret lecteur en soi-même des arcanes indéchiffrés. Aux amarres du silence, l’un de ses trois recueils publiés, ne manque pas de beaux vers que l’on se récite aux heures de nostalgie, dans cette solitude peuplée de vœux éternels et d’occasions manquées :

douce nostalgie qui se rallume

aux feux des jours éteints

L’amour est le seul propos, à savoir l’évocation des uniques instants vraiment vécus et dont ne demeure qu’une inspiration tremblée :

comme un reflet de ton visage

sur l’eau courante de la Marne

Et ailleurs, pour dire la mélancolie sereine de l’oubli :

mais pourquoi troubler

l’eau trouble qui dort sous les

ponts de Saint-Dizier

Au pays de Diderot et de Louise Michel tout embué des « haleines de brume », le Champenois Jean Desseigne, homme de foi et d’émotion, adresse un grand salut aux poètes du monde :

mes frères d’ailleurs

mes frères de nulle part

 

Hubert Haddad

« Poètes en Haute-Marne », un texte de Hubert Haddad

 

 

 

 Préface de Joël Moris

 

crédit photo :
Richard Pelletier, ville de Chaumont
Mon cher Jean
 
 
Mes conversations avec vous ne durent jamais plus de cinq minutes.
Nous en avons tenu plus de mille.
J’y puise une énergie considérable, des vérités définitives et une joie infinie.
La vie légère étant une affaire sérieuse, nous abordons toujours 5 sujets d’une extrême  gravité : la foulée de Sebastian Coe, le revers de Rodgeur Federer, les vers de Guillaume Apollinaire, le  verre de blanc de Rhodésie et la grâce féminine.
Mais un Jean en verve est contre tout.
Et surtout contre l’envers du monde. Heureusement, la poésie est toujours présente qui nous garantit contre l’usurpation de  nos identités. N’est-ce pas Jean ? Ces conversations, immanquablement nous les tenons face à la Basilique Saint-Jean Baptiste de Chaumont, le dimanche matin, au sortir de matines, abusant d’irrévérences, malicieusement, effrontément.
2 mômes ! Jean, vous exagérez ! oh Jean ! Pas  ça, taisez-vous Jean !Stefan Zweig écrivit en 1928, ce joyau littéraire, Stendhal, Casanova, Tolstoï, 3 poètes de leur vie. Mon cher Jean, de Stendhal vous avez la lucidité intérieure, de Casanova, les appétits et de Tolstoï, la conscience aiguë d’une vie à vivre, pleinement, en poète, parce qu’elle en vaut la peine et qu’elle le mérite bien.Ne vous taisez pas, Jean !
Non, ne vous taisez pas !
Haussez le verbe Jean !
Vociférez !

Mais en poète

 

Joël Moris